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Adrien Meguerditchian est chercheur CNRS au Centre de recherche en psychologie et neurosciences de Marseille. À la station de primatologie de Rousset (13), il étudie la communication des babouins — notamment les gestes, l’intention de “faire passer” un message et certains indices cérébraux — pour mieux comprendre ce qui, dans nos capacités de langage, pourrait avoir des racines évolutives anciennes.

Cette interview est issue d’une adaptation de la vidéo originelle disponible à la fin de cette page. Le contenu des réponses peut légèrement varier.

Ce qu'il faut retenir

Pourquoi les babouins ? Qu’est-ce qu’ils vous apprennent sur l’humain ?

Adrien Meguerditchian : Avec les babouins, on partage des ancêtres communs assez proches. On s’est séparés il y a à peu près 25 millions d’années. Donc si on trouve des points communs entre la communication du babouin et le langage humain, on peut potentiellement remonter à l’émergence de certains traits à partir de l’ancêtre commun.

Vous vous intéressez particulièrement au geste. Pourquoi ?

AM : Parce qu’on est convaincu que le geste aurait un rôle à jouer dans l’origine du langage humain. Étudier la gestuelle chez nos cousins, quand ils interagissent, peut nous aider à comprendre ce qui, dans la communication, pourrait être partagé avec nous.

Vous vous intéressez particulièrement au geste. Pourquoi ?

AM : Parce qu’on est convaincu que le geste aurait un rôle à jouer dans l’origine du langage humain. Étudier la gestuelle chez nos cousins, quand ils interagissent, peut nous aider à comprendre ce qui, dans la communication, pourrait être partagé avec nous.

On a notamment mis en évidence une propriété importante : l’intention. Dans le langage, on s’adresse à l’autre, on a un but de communication, on veut volontairement transmettre un message. Et il existe des critères, développés par les psychologues à partir du développement du langage chez le bébé, pour caractériser cette communication intentionnelle.

Quels critères, par exemple ? Et les retrouvez-vous chez les babouins ?

AM : L’orientation du regard, le fait de s’assurer qu’on a bien un destinataire, et que ce destinataire a bien reçu le message. On peut aussi observer des signaux comme des hochements de tête. Et si le message ne passe pas, on reformule : on répète, on ajuste, jusqu’à ce qu’il soit compris.

Et c’est exactement ce qu’on a c’est exactement ce qu’on a observé chez ces primates : ces critères de communication intentionnelle apparaissent aussi dans leur communication gestuelle.

Vous parlez aussi de “référentialité”. Qu’est-ce que cela signifie ?

AM : Dans le langage, on se réfère à des objets de l’environnement. Chez le bébé, ce référentiel du langage émerge notamment par le geste, avec les gestes de pointage : le bébé désigne des objets à son parent. Nous nous sommes donc demandé si les babouins étaient capables de communication référentielle.

Eh bien oui. Le babouin peut désigner : il peut “déritualiser” ces fameux gestes de pointage. Ça renforce l’idée qu’il y a une continuité entre la gestuelle du babouin et le langage humain, via des propriétés cognitives en commun qui pourraient remonter à l’ancêtre commun.

Vous vous intéressez également aux asymétries du cerveau. Pourquoi ?

AM : Parce que le cerveau humain est très asymétrique, notamment pour le langage. Quand je parle, c’est surtout l’hémisphère gauche qui est actif. On s’est donc posé la question : est-ce que le singe, quand il communique, mobilise aussi davantage l’hémisphère gauche ?

Quel est l’intérêt de regarder l’anatomie plutôt que l’activité du cerveau ?

AM : Parce que chez l’humain, l’asymétrie est déjà visible au niveau des structures. Certaines zones sont plus grosses dans un hémisphère que dans l’autre, et c’est le cas de zones clés du langage, notamment le planum temporale, très asymétrique à gauche. Cette asymétrie a été décrite comme une sorte de signature anatomique de l’apparition du langage dans notre espèce.

 Et chez les babouins, vous retrouvez quelque chose de similaire ?

AM : Oui, c’est ce qui est étonnant : on détecte la même asymétrie, majoritairement à gauche, chez une majorité de babouins. Alors même qu’ils n’ont pas le langage au sens humain.

On a surtout vu que cette asymétrie anatomique, dans une zone homologue du langage, est associée à la main utilisée en communication. Les babouins qui communiquent davantage avec leur main droite — qu’ils soient gauchers ou droitiers pour manipuler des objets — ont ces zones plus grosses dans l’hémisphère gauche. Et inversement : ceux qui communiquent plutôt avec la main gauche ont des zones plus grosses dans l’hémisphère droit.

En résumé, que vous apprend tout cela sur l’origine du langage ?

AM : Grâce à ces liens entre gestuelle, intentionnalité, référentialité, et asymétries manuelles et cérébrales, tout cela nous conforte dans l’idée que les racines du langage seraient beaucoup plus éloignées qu’on le pensait, et pourraient remonter à l’ancêtre commun du babouin et de l’espèce humaine, il y a 25 millions d’années.

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