✒️ De nouvelles idées germent à Berlin pour mieux communiquer sur la recherche animale

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Lors de la première conférence organisée par l’European Animal Research Association (EARA) à Berlin, chercheurs, communicants et représentants institutionnels venus de toute l’Europe et d’Amérique du Nord ont échangé sur la meilleure façon d’informer le public à propos de l’utilisation des animaux à des fins scientifiques.

Le Gircor était présent.

Un triptyque essentiel : science, société et politique

Dans son intervention introductive, Athanassia Sotiropoulos, présidente du FC3R, a rappelé que la communication en recherche animale ne peut être efficace que si elle repose sur trois piliers : la rigueur scientifique, l’écoute des citoyens et le cadre politique.

« Pour avoir une bonne communication, il faut réunir ces trois partenaires », a-t-il expliqué. « La science seule ne suffit pas. Il faut la relier à la vision du citoyen et aux décisions publiques. »

Athanassia Sotiropoulos, chercheuse à l’Institut Cochin et présidente du FC3R

Le FC3R a ainsi présenté ses multiples actions de sensibilisation : une présence active sur les réseaux sociaux et sur YouTube, des webinaires mensuels sur les 3R, des infographies et bandes dessinées, ou encore des partenariats européens autour des méthodes de remplacement.

L’objectif : rendre la science plus accessible, susciter la curiosité et encourager le dialogue entre tous les acteurs – des chercheurs aux ONG.

Comprendre les modèles : replacer la recherche dans son contexte

Un présentateur de l’Université de la Charité (Berlin) a insisté sur l’importance d’expliquer au public ce qu’est un “modèle scientifique”.

« Un modèle n’est jamais la réalité : il en représente une partie de cette dernière, pour répondre à une question donnée », a-t-il rappelé. « Chaque modèle, qu’il soit animal, cellulaire ou informatique, a ses limites. »

Il a notamment évoqué la montée en puissance des cultures cellulaires 3D et des méthodes non animales, tout en soulignant qu’il serait contre-productif d’opposer systématiquement ces approches à la recherche animale.

Pour lui, l’enjeu est d’expliquer la complémentarité entre les méthodes, d’en reconnaître les limites et d’éviter les simplifications émotionnelles souvent relayées dans les médias.

« Communiquer sur la science, ce n’est pas séduire, c’est éclairer. Montrer la complexité, sans la fuir. »

Le raffinement au quotidien : la science du bien-être animal

Klas Abelson, professeur de médecine comparée à l’Université de Copenhague, a détaillé les progrès réalisés dans le domaine du raffinement (le troisième “R” des 3R).

Il a rappelé que l’amélioration du bien-être animal est une démarche scientifique à part entière, impliquant la mise au point de protocoles d’évaluation, de suivis individualisés et d’enrichissements environnementaux.

Ces efforts, parfois invisibles du grand public, nécessitent du temps, de la formation et des ressources.

« Il y a toujours quelque chose que nous pouvons faire pour réduire la douleur ou le stress des animaux, même dans les modèles les plus complexes. »

Le défi, a-t-il ajouté, est aussi de mieux communiquer ces avancées, tant au sein de la communauté scientifique qu’auprès du public, sans tomber dans une logique de “justification”, mais plutôt dans celle de la responsabilité partagée.

Les primates non humains : entre science, éthique et souveraineté

La présentation d’Emmanuel Procyk, chercheur CNRS et directeur du GDR Biosimia, a porté sur un modèle de recherche particulièrement sensible : celui des primates non humains.

L’intervenant a rappelé les spécificités biologiques des primates, essentielles pour la recherche en neurosciences, en immunologie ou dans certaines pathologies humaines.

Il a notamment évoqué le rôle déterminant de ces modèles dans le développement de vaccins et de technologies médicales comme les implants rétiniens, citant les travaux récents de l’Institut de la Vision (CNRS / Sorbonne Université).

Pourtant, ces avancées sont rarement communiquées de manière transparente par les institutions elles-mêmes.

« Même dans nos communiqués officiels, l’usage des animaux est souvent relégué à une ligne en bas de page », a-t-il déploré.

Emmanuel Procyk, chercheur CNRS et directeur du GDR Biosimia

Une omission qui, selon lui, alimente la méfiance du public : « Nous devons être fiers de la rigueur et de l’éthique avec lesquelles nous menons nos recherches. »

Il a également souligné les tensions croissantes autour de l’accès aux primates, notamment depuis la crise du COVID-19 et la fermeture des exportations chinoises.

Ces difficultés mettent en lumière un enjeu de souveraineté scientifique européenne et la nécessité d’un dialogue constant entre institutions, associations, citoyens et pouvoirs publics.

Une Europe en mouvement : transparence, données et convergence

Au-delà des interventions nationales, Susanna Louhimies a montré à quel point l’Europe avance de façon coordonnée vers plus de transparence.

De nombreux participants ont salué le rôle du système ALURES (Animal Use Reporting System) de la Commission européenne, qui centralise les données sur l’utilisation des animaux à des fins scientifiques dans les États membres.

Grâce à ALURES, il est désormais possible de consulter, pour chaque pays, le nombre d’animaux utilisés, leur degré de gravité, les domaines de recherche concernés ou les tendances d’évolution depuis 2015.

Ce dispositif, combiné aux initiatives nationales comme le FC3R, le Gircor ou les chartes de transparence nationales, constitue une base commune pour un dialogue européen plus structuré.

Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de rendre ces données plus accessibles au public et de les accompagner d’une explication claire.

« Les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Ils doivent s’inscrire dans une narration scientifique, éthique et humaine », a résumé l’un des participants.

Crédit : EARA – Susanna Louhimies, coordinatrice des politiques à la Commission européenne

Débat : émotion, transparence et pédagogie

Une table ronde a réuni plusieurs intervenants, autour d’une question centrale : comment parler de la recherche animale sans tomber ni dans la froideur scientifique, ni dans l’émotion excessive ?

Tous ont convenu qu’il ne s’agissait pas d’éviter l’émotion, mais de la replacer au service de la compréhension.

« Nous avons, nous aussi, des émotions », a rappelé un des intervenants, « mais notre devoir est de les relier à la raison, pour inspirer confiance plutôt que pitié. »

Un consensus s’est dégagé : la communication doit d’abord s’ancrer au sein de la communauté scientifique, afin d’établir un langage commun sur les 3R et sur les nouveaux modèles.

Ce n’est qu’ensuite, ont-ils souligné, qu’il devient possible de dialoguer sereinement avec le public.

Une dynamique internationale en marche

Au fil des échanges, un message s’est imposé : la transparence ne se décrète pas, elle se construit.

Qu’il s’agisse du Canada, de la France, de l’Allemagne ou du Danemark, tous les intervenants ont décrit un mouvement global visant à ouvrir la recherche animale au regard du public, tout en préservant la sécurité et la rigueur scientifique.

Cette convergence des initiatives (chartes de transparence, webinaires, réseaux 3R, communication proactive) témoigne d’une volonté commune : sortir du silence pour restaurer la confiance.

Stèle mémorielle dressée à la Charité (Berlin) par les chercheurs
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