đŸ—Łïž La recherche animale : un choix plein de sens pour ces Ă©tudiants

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L’utilisation d’animaux Ă  des fins scientifiques et rĂ©glementaires demeure indispensable malgrĂ© les avancĂ©es dans le dĂ©veloppement de mĂ©thodes alternatives. La formation initiale de personnel spĂ©cialisĂ© dans la recherche animale ou la gestion d’animaleries de recherche est un enjeu crucial pour la recherche de demain. Pour autant, s’orienter vers ces Ă©tudes n’est pas forcĂ©ment une Ă©vidence. Afin de mieux comprendre les motivations des Ă©tudiants et les obstacles qu’ils ont pu rencontrer, nous avons recueilli les tĂ©moignages de 38 jeunes engagĂ©s dans cette filiĂšre, du baccalaurĂ©at au doctorat, ainsi que de jeunes diplĂŽmĂ©s rĂ©cemment embauchĂ©s.

Voici un aperçu de leurs parcours et de leurs réflexions.

Les raisons de ce choix

Parmi les raisons qui ont poussĂ© ces Ă©tudiants Ă  choisir la filiĂšre de la recherche animale, l’envie de travailler avec les animaux et de participer Ă  leur bien-ĂȘtre arrive en premiĂšre place, avec trois quarts des rĂ©ponses portant sur cet aspect. « J’ai choisi cette formation pour l’amour des animaux ainsi que la rĂ©union de la recherche avec les animaux », confie Tao, actuellement en classe de terminale professionnelle. AmĂ©lia, doctorante, prĂ©sente des raisons similaires : « Je voulais allier mon amour pour l’animal avec mon envie de dĂ©velopper des connaissances en neurosciences. »

Éline, Ă©tudiante en deuxiĂšme annĂ©e de master, et Robin, doctorant, nous ont respectivement rĂ©pondu : « J’ai choisi cette filiĂšre par amour pour les animaux. Il me paraĂźt trĂšs important de faire de la recherche Ă  ce sujet pour amĂ©liorer la connaissance sur les animaux, pour mieux les connaĂźtre et les soigner » ; « Mon envie de faire progresser les connaissances sur le bien-ĂȘtre animal ».

Ces tĂ©moignages dĂ©montrent une affection particuliĂšre des Ă©tudiants, tous niveaux confondus, envers les animaux et leur bien-ĂȘtre.

Amoureux des sciences et des animaux, cette filiĂšre apparaissait comme une Ă©vidence. Mon idĂ©e Ă©tait simple : faire avancer la science tout en amĂ©liorant toujours plus les conditions vie et le bien-ĂȘtre des animaux.

L’autre grande raison qui a poussĂ© ces Ă©tudiants Ă  choisir cette voie est l’aspect scientifique du parcours. Nadia, dĂ©tentrice d’un master, nous a rĂ©pondu que son choix Ă©tait grandement dĂ» Ă  « l’intĂ©rĂȘt scientifique, l’envie de faire progresser les connaissances, l’envie de dĂ©velopper de nouvelles thĂ©rapies ».

YaĂ«v, aussi diplĂŽmĂ©e d’un master en rapport avec la recherche animale, rĂ©pond dans la mĂȘme direction : « Pour le but final de la recherche : tenter de trouver des traitements pour des personnes atteintes de maladies qui n’en prĂ©sentent pas et amĂ©liorer leur quotidien. »

Enfin, Ella, actuellement en terminale professionnelle, nous dit : « J’ai choisi cette filiĂšre car j’ai toujours voulu travailler en laboratoire au service de la recherche scientifique afin de faire avancer la science sur diffĂ©rente pathologie, crĂ©er des vaccins et peut‑ĂȘtre sauver des vies. »

Un chemin pouvant ĂȘtre semĂ© de doutes

Pour autant, malgrĂ© les motivations qui ont incitĂ© ces Ă©tudiants Ă  s’engager dans des Ă©tudes liĂ©es Ă  la recherche animale, des doutes – liĂ©s ou non Ă  un contexte social ou familial – ont pu Ă©merger chez certains d’entre eux. Ainsi, bien que deux tiers des rĂ©pondants affirment n’avoir jamais remis en question leur choix ni subi d’influence de leur entourage pour emprunter une autre voie, certains ont tout de mĂȘme traversĂ© des pĂ©riodes de doute au cours de leur parcours.

Fait surprenant : aucun des lycĂ©ens ayant rĂ©pondu Ă  notre enquĂȘte n’a indiquĂ© avoir doutĂ©.

Sans aller jusqu’à les inciter Ă  changer de filiĂšre, Mathilde, doctorante, explique que ses « proches sont parfois dubitatifs, car ils pensent qu’on utilise les animaux “pour rien” et en excĂšs », et CĂ©leste, Ă©tudiante au niveau bac+3 : « Des proches m’ont dit que c’était triste que je fasse ça. »

Évidemment, c'est trĂšs mal vu par la sociĂ©tĂ©. Je me remets constamment en question et je pense que c'est nĂ©cessaire pour ĂȘtre sĂ»r que ce qu'on fait est en accord avec nos principes/valeurs, et pour faire avancer la science tout en respectant le bien-ĂȘtre animal. Mes proches Ă©taient plutĂŽt intriguĂ©s et me posaient des questions pour mieux comprendre ce domaine. Ils ne pensaient pas que je pourrais faire ça car j'aime les animaux. Mais pour moi, il est nĂ©cessaire d'aimer les animaux pour ĂȘtre dans ce domaine !

Les Ă©lĂšves sont conscients que l’utilisation des animaux en recherche est destinĂ©e Ă  diminuer, voire Ă  cesser complĂštement dans un futur plus ou moins proche, comme nous l’a racontĂ© ChloĂ©, en derniĂšre annĂ©e de master : « J’ai dĂ©jĂ  doutĂ© de ce choix, car pour moi, dans le futur, nous serons amenĂ©s Ă  ne plus pouvoir travailler avec les animaux. »

D’un autre cĂŽtĂ©, Éline, en premiĂšre annĂ©e de master : « J’ai quelques proches qui m’ont montrĂ© qu’ils n’étaient pas vraiment favorables Ă  ce que je poursuive cette voie, car ils sont contre l’expĂ©rimentation animale, mais c’est pour moi dĂ» Ă  un manque d’information. »

Dans le mĂȘme esprit d’une volontĂ© de confronter les idĂ©es reçues sur la recherche animale, Lou-Anne, actuellement en fin de master : « J’aime casser les idĂ©es reçues sur l’expĂ©rimentation animale avec mes proches. »

Enfin, LĂ©o montre que ces Ă©tudes ne mĂšnent pas forcĂ©ment aux mĂ©tiers de paillasse et que des doutes Ă©mergent malgrĂ© tout : « Personne ne m’a vraiment poussĂ© Ă  abandonner ce choix. On m’a juste fait remarquer que c’était un mĂ©tier potentiellement difficile Ă©motionnellement. De mon cĂŽtĂ©, par contre, j’ai doutĂ© car le monde de la paillasse ne me correspondait pas. Mais le doute ne vient pas du milieu en lui-mĂȘme. »

Des formations riches en apprentissage

Les formations scolaires et universitaires liĂ©es Ă  la recherche animale ont pour objectif de former des professionnels qualifiĂ©s qui sauront mener des projets scientifiques et prendre soin des animaux utilisĂ©s. En effet, 2/3 des rĂ©pondants mentionnent le bien-ĂȘtre animal dans leur rĂ©ponse.

Les Ă©tudiants interrogĂ©s soulignent l’importance de principes fondamentaux tels que la rĂ©glementation, l’éthique et le bien-ĂȘtre animal, ainsi que des aspects pratiques et scientifiques. Le principe des 3R (Remplacement, RĂ©duction, Raffinement) est souvent mis en avant comme un pilier de la formation. Comme le prĂ©cise Pierre, en terminale professionnelle : « le respect et l’éthique envers les animaux est primordial au sein de la recherche animale, la rĂšgle des 3R et le replacement des animaux. »

La rĂ©glementation, essentielle pour encadrer l’utilisation des animaux dans la recherche, est Ă©galement au cƓur des apprentissages. Lou-Anne explique que sa formation lui a permis d’acquĂ©rir « tout ce qu’il y a Ă  savoir sur la rĂ©glementation liĂ©e Ă  l’utilisation des animaux Ă  des fins scientifiques, la nĂ©cessitĂ© de l’utilisation des animaux dans la recherche, les mĂ©thodes alternatives et une petite partie de ce que peut ĂȘtre le management. » Une connaissance confirmĂ©e par Isaline, qui liste : « les rĂ©glementations pour la mise en place d’un mĂ©dicament sur le marchĂ©, le bien-ĂȘtre animal, la nĂ©cessitĂ© pour le moment d’utiliser des animaux pour cette recherche, bien que des mĂ©thodes alternatives se mettent petit Ă  petit en place. »

Ella partage le fait que cette formation lui a apportĂ© « une vision et une approche de l’animal diffĂ©rente. En effet, le bien-ĂȘtre animal doit ĂȘtre respectĂ©, car ce sont des ĂȘtres vivants ayant des Ă©motions tout comme nous. » Un point appuyĂ© par CĂ©leste, en premiĂšre annĂ©e de master : « j’ai tant appris sur le bien-ĂȘtre animal que cela a amĂ©liorĂ© mes comportements envers les animaux de mon quotidien (sauvages et de compagnie), et je suis maintenant une meilleure humaine pour eux. »

Au-delĂ  de la rĂ©glementation et de l’éthique, les Ă©tudiants acquiĂšrent des compĂ©tences techniques et scientifiques variĂ©es. Louise, en derniĂšre annĂ©e de master, met en lumiĂšre l’étendue des connaissances : « principes des 3R et du bien-ĂȘtre animal, nombreuses connaissances scientifiques (physiologie, biologie cellulaire, statistiques, immunologie
). » De son cĂŽtĂ©, LĂ©o ajoute : « ma formation m’a appris Ă  comprendre les organismes modĂšles, tant dans leurs intĂ©rĂȘts pour la recherche que pour combler au mieux leur bien-ĂȘtre et leurs besoins. J’ai aussi pu dĂ©couvrir le concept d’éthique animale ainsi que la lĂ©gislation qui entoure ce milieu. Enfin, Ă©videmment, j’ai pu acquĂ©rir des compĂ©tences techniques permettant de travailler avec les animaux. »

Beaucoup de choses sont mises en place pour amĂ©liorer le bien-ĂȘtre des animaux, en plus de la volontĂ© de rĂ©duire le nombre d’animaux utilisĂ©s. Les laboratoires ne sont pas ce que l’on voit dans les vidĂ©os.

MalgrĂ© les diffĂ©rences de niveaux d’études, les mĂȘmes concepts primordiaux sont transmis aux Ă©tudiants afin de mettre l’animal au centre des questionnements Ă©thiques et scientifiques.

Leur apport une fois dans la vie active

Ces actuels Ă©tudiants et rĂ©cents diplĂŽmĂ©s affirment qu’ils apporteront leur motivation et leurs bonnes idĂ©es au milieu de la recherche animale.

OphĂ©lie, Ă©lĂšve de premiĂšre, espĂšre « pouvoir aller plus loin encore dans le bien-ĂȘtre animal », idĂ©e partagĂ©e par Ella qui souligne Ă  son tour : « je pense que nous pourrions pousser le bien-ĂȘtre animal plus loin encore en trouvant d’autres mĂ©thodes ou en amĂ©liorant les conditions de vie des animaux. » Pierre, quant Ă  lui, met en avant : « l’amĂ©lioration du bien-ĂȘtre animal, le dĂ©veloppement du replacement des animaux et le dĂ©veloppement de nouvelles alternatives. »

De nombreux Ă©tudiants ont aussi mentionnĂ© leur envie de communiquer sur ce qui se passe vraiment dans les animaleries de recherche, pour mieux faire comprendre l’importance de la recherche animale. Florent, Ă©tudiant en premiĂšre annĂ©e de master, insiste ainsi sur l’importance de « communiquer sur le rĂŽle de l’expĂ©rimentation animale dans la recherche », souhait partagĂ© par ÉloĂŻse, Ă©galement en premiĂšre annĂ©e de master, qui espĂšre « dĂ©velopper la transparence ». Lou-Anne espĂšre « trouver des moyens d’en parler de la bonne maniĂšre pour casser les idĂ©es reçues ». Elle ajoute aussi : « et si je poursuis dans cette voie j’espĂšre travailler dans la recherche pour le bien-ĂȘtre animal notamment pour les animaux d’élevage : ce sont ceux-lĂ  qu’on utilise le plus et qui sont le moins bien traitĂ©s. » Isaline insiste sur la mĂ©connaissance du grand public : « j’aimerais beaucoup que ce domaine soit plus/mieux connu pour montrer la nĂ©cessitĂ© de ce travail. J’aimerais donc plus de transparence : la sociĂ©tĂ© critique car elle ne connaĂźt pas et a peu de moyens de connaĂźtre, elle voit seulement les vidĂ©os qui marchent oĂč l’on voit des animaux. »

Une communication transparente vis-Ă -vis de l’expĂ©rimentation animale et dĂ©dramatiser. J’aimerais venir Ă  une FĂȘte de la Science avec des rats et parler avec les gens de ce qu’on fait !

Dans l’ensemble, les rĂ©pondants insistent donc sur l’amĂ©lioration continue du bien-ĂȘtre animal ainsi que sur une transparence toujours plus importante. Voici quelques‑unes de leurs rĂ©ponses :

  • LeĂŻla, Ă©tudiante en premiĂšre annĂ©e de master : « amĂ©liorer certaines mĂ©thodes/en dĂ©velopper de nouvelles pour maximiser le bien-ĂȘtre animal et surtout rĂ©duire au maximum les interventions sur animaux (dans la mesure du possible), ce qui pourrait notamment rĂ©duire la souffrance compassionnelle liĂ©e Ă  ces activitĂ©s. »
  • Élisa, Ă©tudiante en premiĂšre annĂ©e de master : « amĂ©liorer le bien-ĂȘtre animal, amĂ©liorer les pratiques, dĂ©velopper la transparence, la communication et la transmission d’informations et de connaissances. »
  • Dahlia, dĂ©tentrice d’un master : « aller plus loin encore dans le bien-ĂȘtre animal, changer la vision du grand public sur l’utilisation des animaux dans la recherche. »
  • LĂ©o : « j’espĂšre apporter surtout au niveau du grand public, Ă  ceux qui ne savent pas ce qui se passe dans nos laboratoires, pourquoi il est encore crucial d’utiliser des animaux en recherche et en toxicologie. Mais surtout je souhaite leur faire comprendre que ces mĂ©tiers ne sont pas créés pour faire du mal aux animaux mais bien pour leur assurer le plus grand degrĂ© de bien-ĂȘtre possible durant et en dehors des procĂ©dures. »
  • Nadia, diplĂŽmĂ©e d’un master : « contribuer Ă  l’amĂ©lioration du bien-ĂȘtre animal en recherche, dĂ©velopper et favoriser la transparence et la communication avec le public. »

L’évolution de certaines pratiques, ayant aujourd’hui de meilleures alternatives, est aussi mentionnĂ©e par Alexia, diplĂŽmĂ©e d’un master : « changer les pratiques considĂ©rĂ©es comme limites ou dĂ©passĂ©es » ; mais aussi par MĂ©lina, Ă©galement diplĂŽmĂ©e d’un master : « amĂ©lioration des pratiques par rapport aux rĂ©glementations actuelles et Ă  venir, former (et reformer) correctement les personnes travaillant avec des animaux, changer l’opinion sur l’expĂ©rimentation animale en dĂ©veloppant la transparence (rĂ©alisation de visites au public etc.). »

Robin, de son cĂŽtĂ©, souhaite apporter « des connaissances sur les Ă©tats Ă©motionnels des animaux et comprendre leur rapport Ă  la douleur ».

Enfin, Morgane, dĂ©tentrice d’un master, conclut : « continuer Ă  participer Ă  la mise sur le marchĂ© de nouveaux dispositifs mĂ©dicaux tout en respectant le bien-ĂȘtre animal et la rĂšgle des 3R, trouver des mĂ©thodes alternatives quand cela est possible, dĂ©velopper la transparence dans ce domaine. »

En somme, tous Ă©voquent des ambitions communes axĂ©es sur l’amĂ©lioration du bien-ĂȘtre animal, la transparence auprĂšs du public et le dĂ©veloppement de mĂ©thodes alternatives. Cette nouvelle gĂ©nĂ©ration semble dĂ©terminĂ©e Ă  innover tout en poursuivant les principes Ă©thiques dĂ©jĂ  en place.

Conclusion

Parmi ces tĂ©moignages d’Ă©tudiants et de professionnels rĂ©cemment diplĂŽmĂ©s, quel que soit leur niveau d’étude ou leur genre, tous rapportent que ce choix de carriĂšre est la rĂ©sultante d’une forte affection et un fort respect pour l’animal, d’une envie de faire progresser la science, pour toutes et tous. Ils souhaitent aussi faire comprendre au grand public pourquoi et comment les animaux sont utilisĂ©s Ă  des fins scientifiques et rĂšglementaires.

Ce qu'il faut retenir

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