La transparence ne peut être une exigence à géométrie variable

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Depuis plusieurs semaines, des ONG mettent en cause l’adhésion d’organismes publics de recherche au Gircor, laissant entendre que cette participation témoignerait d’un fonctionnement opaque ou d’une influence dissimulée sur les politiques publiques. 

Une telle lecture ne résiste pas à l’examen des faits. 

La liste des adhérents du Gircor est publique et librement consultable sur notre site internet. Les établissements qui nous rejoignent le font ouvertement parce qu’ils partagent les missions de notre association : promouvoir une recherche éthique et responsable, favoriser l’amélioration continue des pratiques et des méthodes alternatives, et développer la transparence sur le recours aux animaux à des fins scientifiques. 

Le fait que je sois à la fois salarié du CNRS en tant que vétérinaire au bureau éthique et modèles animaux et président du Gircor depuis dix ans est tout aussi public. Cette double responsabilité est connue de longue date. Elle était déjà évoquée publiquement dès 2021 par le président fondateur d’OXA et figurait notamment dans la présentation d’une table ronde ouverte au public organisée le 20 octobre 2023, à laquelle participait également Roland Cash, vice-président de Transcience.  

À aucun moment cette situation n’a donc été dissimulée. Ces informations étant déjà publiques, les présenter aujourd’hui comme la preuve d’un système occulte relève davantage d’une interprétation que de nouveaux faits. 

Une autre idée mérite d’être corrigée : celle selon laquelle les organismes de recherche qui adhèrent au Gircor privilégieraient les modèles animaux au détriment des méthodes alternatives. Les faits montrent une réalité différente. 

Le CNRS, l’Inserm, le CEA ainsi que les autres adhérents du Gircor investissent depuis plusieurs années dans le développement des nouvelles approches méthodologiques (NAMs). Le programme MED-OOC, doté de 48 millions d’euros, les groupements de recherche Organoïdes et Microfluidique créés par le CNRS, ou encore le FC3R témoignent de cette dynamique. 

En 2024, les contributions annuelles du CNRS et de l’Inserm au FC3R atteignaient chacune 100 000 euros (sans compter le personnel mis à disposition), contre 11 400 euros de cotisation au Gircor. Le Gircor se réjouit des investissements massifs réalisés pour le développement et la promotion des méthodes non animales que les chiffres de ces quelques exemples permettent d’illustrer. 

La question de notre inscription au registre français des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est également soulevée. Oui, cette inscription est intervenue tardivement. Oui, elle aurait dû être réalisée plus tôt. Nous le reconnaissons sans réserve. 

Cette situation a été régularisée et ne procède d’aucune volonté de dissimulation. Le Gircor était par ailleurs inscrit depuis 2016 au registre européen de transparence. 

Mais la transparence ne saurait être invoquée de manière sélective. 

One Voice ne s’est inscrite à la HATVP qu’en 2021, alors qu’elle menait depuis longtemps des activités de plaidoyer. Son inscription au registre européen de transparence n’est intervenue que le 7 juillet 2025, à peine quelques jours avant la publication de l’article de Charlie Hebdo consacré au Gircor. 

La question se pose également pour OXA. L’association indique sur son site vouloir informer le public, mettre des données à disposition des élus et des pouvoirs publics et, surtout, « agir auprès des personnes décisionnaires » afin d’accélérer la sortie de l’expérimentation animale. Il s’agit là d’une activité de plaidoyer parfaitement légitime. 

Mais si cette activité justifie des obligations de transparence pour certains acteurs, elle doit logiquement conduire aux mêmes exigences pour tous. 

Le véritable enjeu dépasse le seul Gircor. 

Dans une démocratie, il est normal que des associations défendent des positions différentes sur l’expérimentation animale. Il est tout aussi normal que les organismes de recherche, les établissements publics et les sociétés savantes puissent faire entendre leur expertise. Le débat scientifique et éthique ne peut progresser que dans la confrontation argumentée des points de vue. 

Encore faut-il que cette confrontation repose sur des critères identiques pour chacun. 

Présenter le Gircor comme un simple « lobby de l’expérimentation animale » revient à ignorer la réalité de son action. Défendre les intérêts de ses adhérents ne signifie pas promouvoir l’utilisation des animaux à tout prix. 

Notre position est constante : favoriser le recours aux méthodes non animales chaque fois qu’elles existent, qu’elles sont validées et qu’elles permettent de répondre à la question scientifique posée. Lorsque des modèles animaux demeurent nécessaires, leur utilisation doit s’inscrire dans un cadre réglementaire et éthique exigeant, fondé sur une culture du soin sans compromis. 

Cette position peut naturellement être discutée. Elle ne devrait pas pour autant être caricaturée. 

La transparence est une exigence démocratique. Elle perd cependant de sa crédibilité lorsqu’elle devient un argument mobilisé contre certains acteurs tout en épargnant ceux qui défendent une autre vision. 

C’est pourquoi nous appelons à un débat fondé sur les faits, appliquant les mêmes règles à tous : institutions publiques, organismes de recherche, associations professionnelles et associations militantes. La confiance de la société dans la science, comme dans la vie démocratique, ne peut se construire que sur cette exigence commune. 

Ivan Balansard 
Président du Gircor 

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