đŸŽ™ïž Le GDR Biosimia rĂ©agit Ă  l’avis du COMETS sur la recherche animale

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Suite Ă  la publication de l’avis du comitĂ© d’Ă©thique du CNRS concernant la recherche animale et l’utilisation des primates non humains, nous souhaitions donner la parole au Groupement de Recherche Biosimia, rĂ©fĂ©rence en matiĂšre de recherche utilisant des singes.

Cette interview a pour objectif de contextualiser l’avis du COMETS et ajouter des informations complĂ©mentaires. Le Gircor et le GDR Biosimia encouragent les discussions, critiques et avis divergents, au sujet de l’utilisation d’animaux Ă  des fins scientifiques et rĂ©glementaires.

Quelles recommandations du COMETS sur les primates vous paraissent prioritaires à appliquer immédiatement ?

Il faut tout d’abord souligner que la focalisation de cet avis sur le cas des primates est particuliĂšrement surprenante car elle marque une sĂ©paration nette entre considĂ©ration des primates et des autres modĂšles animaux. Bien sĂ»r, les primates utilisĂ©s en recherche bĂ©nĂ©ficient de mesures particuliĂšres concernant leurs conditions de vie, leur suivi et les qualifications des personnels impliquĂ©s mais leur place doit toutefois ĂȘtre comprise au regard de l’ensemble des modĂšles animaux mobilisĂ©s en recherche, chacun apportant une contribution spĂ©cifique Ă  l’avancĂ©e des connaissances biologiques et mĂ©dicales. 

Parmi les recommandations du COMETS il faut souligner le besoin d’approfondir collectivement la rĂ©flexion sur la balance bĂ©nĂ©fices/dommages. Ceci nous paraĂźt ĂȘtre une recommandation prioritaire pour toutes les utilisations d’animaux Ă  des fins scientifiques. La rĂ©flexion Ă©thique en expĂ©rimentation animale repose sur le principe structurant du cadre rĂ©glementaire europĂ©en dit de la « balance bĂ©nĂ©fices/dommages ». ll s’agit d’apprĂ©cier, pour chaque projet, la proportionnalitĂ© entre les atteintes potentielles au bien-ĂȘtre animal (douleur, stress, contraintes, altĂ©rations durables) et les bĂ©nĂ©fices scientifiques, mĂ©dicaux ou sociĂ©taux attendus. Mais cela implique de s’appuyer sur des indicateurs objectivĂ©s et contextualisĂ©s afin d’éclairer la rĂ©flexion. Chacun doit s’interroger sur quels sont ces indicateurs et les utiliser de façon objective.

La prise en compte et la diffusion de l’ensemble des rĂ©sultats y compris les rĂ©sultats nĂ©gatifs sont Ă©galement essentielles pour rendre compte des rĂ©sultats acquis. À cet Ă©gard, l’initiative rĂ©cente du FC3R Ă  travers les “Short Notes” permettra d’Ɠuvrer dans ce sens.

Comment démontrer concrÚtement la stricte nécessité de recourir aux primates dans un projet ?

Les primates sont actuellement utilisĂ©s dans des protocoles pour lesquels les alternatives n’existent pas pour la question spĂ©cifique posĂ©e dans le projet scientifique considĂ©rĂ©. Comme pour tous les modĂšles, dans l’Ă©valuation Ă©thique des projets, les scientifiques doivent expliquer pourquoi dans certains cas ce modĂšle animal est nĂ©cessaire. En ce qui concerne les primates, ce sont des projets qui visent Ă  Ă©tudier des mĂ©canismes biologiques que l’on ne retrouve que chez les primates (et donc chez les humains) et pour lesquels l’approche sur des cellules humaines ou sur des humains vivants n’est pas possible en raison de la question posĂ©e : par exemple on ne peut pas Ă©tudier, sur des cellules isolĂ©es, les consĂ©quences d’altĂ©rations de certaines cellules du cerveau sur le comportement ou la cognition. À l’opposĂ© on ne peut accĂ©der Ă  ces cellules et Ă  leurs fonctionnements en lien avec le comportement ou la cognition que de façon invasive non envisageable chez l’humain. Enfin, les recherches sur les modĂšles animaux, y compris primates non humains, sont indispensables pour nourrir les dĂ©veloppements de mĂ©thodes alternatives, comme par exemple les modĂšles informatiques qui sont basĂ©s sur les savoirs obtenus en biologie pour reproduire une partie du vivant.

De façon remarquable, le COMETS recommande tout d’abord que l’on dĂ©montre que « l’utilisation des primates n’est pas une facilitĂ© mĂ©thodologique » (p.3). Or, les modĂšles primates sont certainement les plus difficiles Ă  utiliser, ceux qui demandent le plus de prĂ©cautions, et le plus d’encadrement. Il suffit d’interroger l’ensemble des personnels qui travaillent avec les singes pour le savoir. C’est pour cela qu’ils sont rarement utilisĂ©s en recherche et uniquement dans les cas oĂč il n’y a pas d’alternative. Cette recommandation est donc particuliĂšrement surprenante.

Quels indicateurs simples faut-il suivre pour rendre visible la balance bénéfices/dommages ?

Pour un suivi objectif de la balance bĂ©nĂ©fices/dommages, il faut des Ă©lĂ©ments objectifs et contextualisĂ©s sinon cette balance n’a pas de signification. Il faut tout d’abord avoir un suivi clair et quantitatif de l’état comportemental et vĂ©tĂ©rinaire des animaux, de leurs conditions de vie, et des mesures objectives de l’effet des procĂ©dures sur ces Ă©lĂ©ments. C’est ce qui est en place actuellement dans les laboratoires notamment au travers des suivis par les structures du bien-ĂȘtre animal (SBEA) dans chaque Ă©tablissement utilisateur. Ces structures suivent chaque animal tout au long des projets.

Les membres du GDR BioSimia travaillent en continu sur l’établissement et la publication de protocoles qui permettent de minimiser au maximum l’impact des procĂ©dures sur les animaux : procĂ©dures par renforcement positif, amĂ©liorations et quantifications des effets des enrichissements, mesures des modifications de l’environnement de vie sur le comportement.

Du cĂŽtĂ© de l’apport des recherches pour la connaissance, il faut noter avant tout que l’adĂ©quation du modĂšle Ă  la question scientifique posĂ©e est le premier Ă©lĂ©ment Ă  prendre en compte. Si le modĂšle (animal ou non animal) n’est pas en adĂ©quation avec ce qui est recherchĂ© alors il n’y a pas de bĂ©nĂ©fice.

Les bĂ©nĂ©fices de la recherche sont, par nature, difficiles Ă  apprĂ©cier Ă  court terme. S’ils peuvent ĂȘtre partiellement mesurĂ©s Ă  travers des indicateurs tels que les publications scientifiques ou les brevets, ces marqueurs ne reflĂštent qu’une fraction de l’impact rĂ©el. La production de connaissances s’inscrit dans un temps long : elle procĂšde par accumulation progressive de donnĂ©es, de concepts et de mĂ©thodes qui, parfois des dĂ©cennies plus tard, rendent possibles des dĂ©couvertes majeures ou des applications mĂ©dicales et sociĂ©tales dĂ©terminantes. L’évaluation des bĂ©nĂ©fices doit ainsi intĂ©grer cette temporalitĂ© longue et cumulative qui est difficile Ă  rendre compte de maniĂšre simple.

Des politiques et activistes ont eu l'occasion de découvrir les installations.

Quelles donnĂ©es devraient ĂȘtre publiĂ©es chaque annĂ©e pour renforcer la transparence ?

Il faut tout de mĂȘme reconnaĂźtre les efforts croissants faits par la communautĂ© scientifique pour la transparence, Ă  travers l’existence de la Charte et des actions diverses menĂ©es par le Gircor et les chercheuses et chercheurs. La situation a fortement changĂ© depuis une vingtaine d’annĂ©es. Actuellement, les chiffres d’utilisation de chaque espĂšce sont disponibles pour tous, par catĂ©gorie et domaine, en France et dans toute l’Europe. Les organismes de recherches qui ont signĂ© la Charte de transparence doivent agir en consĂ©quence.

La transparence sur l’expĂ©rimentation animale est nĂ©cessaire mais c’est aussi un devoir. Elle doit servir Ă  instruire le public ; elle permet d’éviter l’auto-alimentation des imaginaires. La transparence c’est aussi lutter contre la dĂ©sinformation. Des visites sont organisĂ©es par le Gircor et des laboratoires. Des politiques et activistes ont eu l’occasion de dĂ©couvrir des installations. Certaines de ces visites ont Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ©es et l’information est donc facilement accessible. Dans nos instituts, nous organisons rĂ©guliĂšrement des visites des animaleries et laboratoires pour tous les personnels y compris ceux qui ne sont pas impliquĂ©s dans la recherche animale. Nous publions nos recherches, nos mĂ©thodologies, dans des articles scientifiques, mais aussi dans des revues plus gĂ©nĂ©rales qui expliquent pourquoi, comment et avec quels apports, les animaux sont impliquĂ©s dans les recherches.

Comme mentionnĂ© plus haut, la prise en compte et la diffusion de l’ensemble des rĂ©sultats y compris les rĂ©sultats nĂ©gatifs sont Ă©galement essentielles pour rendre compte des rĂ©sultats acquis, et lĂ  il y a des amĂ©liorations possibles c’est certain.

La transparence doit ĂȘtre au cƓur du dialogue entre les scientifiques et le public, les contribuables. Cette transparence concerne tous les domaines y compris celui du dĂ©veloppement des mĂ©thodes biomĂ©dicales non-animales. Les non spĂ©cialistes doivent ĂȘtre informĂ©s sur les limites des modĂšles animaux mais aussi des autres modĂšles, sur ce qui peut et ne peut pas ĂȘtre accompli avec les organoĂŻdes, la micro-fluidique, ou les outils de modĂ©lisation informatique (sans parler de l’intelligence artificielle dont l’évocation est faite Ă  tout propos sans aucune justification). Il est aussi essentiel de faire comprendre que les mĂ©thodes animales et les mĂ©thodes non-animales s’appuient les unes sur les autres et se complĂštent.

Enfin, les laboratoires qui travaillent avec les primates produisent une Ă©valuation rĂ©trospective des projets en fin de rĂ©alisation. Ces Ă©valuations rĂ©trospectives ne sont malheureusement pas publiĂ©es publiquement, ni en France ni en Allemagne, alors que l’on sait qu’elles permettent de lever beaucoup de craintes, comme cela fut dĂ©montrĂ© en Angleterre. Nous pensons qu’il faut absolument publier ces Ă©valuations rĂ©trospectives.

En conclusion, la transparence est nĂ©cessaire et doit ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e, mais pas uniquement ciblĂ©e sur l’utilisation des animaux.

Quelle feuille de route rĂ©aliste proposez-vous pour progresser vers la rĂ©duction de l’usage des primates ?

De notre point de vue, il faut travailler sur une feuille de route concernant l’ensemble des approches utilisant des animaux. La recherche biomĂ©dicale est un secteur vaste et multiple qui s’appuie sur des techniques diverses selon les champs concernĂ©s. Par exemple, les tests toxicologiques sont de plus en plus validĂ©s sur des modĂšles in vitro, mais ces validations s’appuient forcĂ©ment sur des tests sur ĂȘtre vivants entiers. Tous les scientifiques le savent et d’ailleurs le rapport rĂ©cent du NC3R sur les mĂ©thodes in vitro est trĂšs clair lĂ -dessus : on ne substitue pas un modĂšle Ă  un autre sans Ă©valuation prĂ©alable de sa pertinence et de ses limites. C’est un autre Ă©lĂ©ment que le COMETS aurait pu utiliser pour Ă©tayer et raffiner son avis. Selon nous il n’y a pas de feuille de route sĂ©lective aux modĂšles primates. Il convient plutĂŽt d’adopter une approche globale et de dĂ©finir, sur des fondements scientifiques solides, les modalitĂ©s et le calendrier de remplacement des diffĂ©rents modĂšles animaux lorsque cela est possible. Cette rĂ©flexion doit inclure l’ensemble des modĂšles existants et tenir compte de l’état actuel des connaissances. Une telle Ă©volution ne peut ĂȘtre que progressive et sĂ©lective.

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