🎙️ L’éthologie au service du bien-être des chevaux

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Des écuries normandes aux plages de Camargue, en passant par l’École militaire d’équitation de Fontainebleau, les chevaux font partie du paysage français. Avec une population de 1 005 200 individus en 2025, poneys, ânes et chevaux vivront de nombreuses années. Cette longévité et notre attachement à ces animaux nous obligent à améliorer en permanence leurs conditions de vie. Léa Lansade est éthologue spécialisée des chevaux à l’INRAE. Au cours de cette interview, elle nous explique son métier, l’origine de cette passion et ce que ses recherches peuvent apporter à la manière avec laquelle les équidés sont élevés.

Ce qu'il faut retenir

Vous êtes éthologue à l’INRAE. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette carrière scientifique ? Y a-t-il eu un moment décisif ?

Léa Lansade : Depuis l’enfance, j’ai toujours été fascinée par les chevaux — leur sensibilité, leur intelligence, leur façon d’interagir entre eux et avec nous. Très tôt, j’ai voulu comprendre ce qu’ils ressentaient et comment ils percevaient le monde. Quand j’ai découvert qu’il existait une discipline scientifique, l’éthologie, qui permettait d’étudier objectivement le comportement animal, cela a été une révélation.

Un moment décisif a été ma rencontre avec des chercheurs qui travaillaient sur la cognition et les émotions animales : j’ai compris qu’on pouvait allier rigueur scientifique et passion du cheval pour mieux répondre à leurs besoins, et même repenser la manière dont on les éduque et dont on vit avec eux.

En quoi consiste votre travail ? Sur quelle(s) espèce(s) travaillez-vous ?

LL : Je suis chercheuse en éthologie au sein de l’INRAE, et je travaille principalement sur le cheval et depuis plus récemment sur les vaches et les moutons. Mes recherches portent sur leurs émotions, leurs personnalités, et les liens entre bien-être et performance.

J’essaie de comprendre comment leurs expériences, leur environnement social et leurs conditions de vie influencent leur état émotionnel, leurs apprentissages et leurs interactions avec l’humain. Je travaille aussi sur la personnalité des chevaux, car elle joue un rôle majeur dans leur adaptation et leur bien-être.

Comment vos recherches sont-elles menées concrètement ? Est-ce que travailler avec des chevaux nécessite des précautions particulières ?

LL : Nous combinons les deux approches. Une partie des études se déroule dans mon centre INRAE où les chevaux vivent en groupe, ce qui permet d’observer leurs comportements spontanés.

D’autres expériences se font dans des conditions plus contrôlées, pour étudier des aspects précis : par exemple, leurs réactions émotionnelles face à certaines situations ou leurs capacités cognitives.

Nous utilisons pour cela des dispositifs expérimentaux spécialement conçus. L’un d’eux consiste à projeter des vidéos dans une salle dédiée. Les chevaux y sont conduits et on leur diffuse différents types de vidéos afin de tester un panel de questions relatives à leurs capacités cognitives. Nous enregistrons leurs réactions grâce à un cardiofréquencemètre et à plusieurs caméras qui suivent leurs expressions faciales, leurs postures et leurs comportements. Ce type d’approche nous a permis par exemple de montrer que les chevaux réagissent instantanément aux émotions humaines, aussi bien sur le plan physiologique que comportemental.

Un autre dispositif repose sur un écran tactile relié à un ordinateur. Grâce à lui, nous avons pu démontrer que les chevaux reconnaissent les visages humains familiers sur de simples photographies affichées, même lorsqu’ils n’ont pas vu la personne depuis plusieurs mois. Ils doivent toucher avec leur bout du nez le visage familier pour obtenir une récompense. Dans chacune de ces études, nous testons entre 20 et 50 chevaux. Les protocoles sont entièrement non invasifs et reposent sur la coopération volontaire de l’animal. Les chevaux qui se montrent trop anxieux pour entrer dans la salle, ce qui reste rare, sont simplement ramenés dans leur écurie.

Travailler avec des chevaux demande naturellement prudence, patience et respect. Ce sont des animaux sensibles, qui communiquent beaucoup par leur posture et leurs expressions. Il faut savoir les écouter et adapter son comportement en permanence.

Nous avons pu démontrer que les chevaux reconnaissent les visages humains familiers sur de simples photographies, même lorsqu’ils n’ont pas vu la personne depuis plusieurs mois.

Quelles sont les retombées concrètes de vos travaux aujourd’hui ? Quelles sont celles que vous espérez ?

LL : Nos travaux contribuent à faire évoluer les pratiques d’élevage et de gestion des chevaux. Ils montrent, par exemple, à quel point le bien-être psychologique influence la performance, l’apprentissage et la relation à l’humain.

De plus en plus de structures intègrent aujourd’hui les “3 F” : friends, freedom, forage (amis, liberté, fourrage), des piliers essentiels au bien-être équin.

J’espère que, dans les années à venir, ces connaissances permettront une transformation durable du monde équestre : des chevaux plus équilibrés, plus performants, et des humains plus conscients de leurs besoins réels.

Selon vous, quelles sont les initiatives prioritaires à mettre en place quand on élève et/ou héberge des chevaux pour améliorer leur bien-être ?

LL : La priorité absolue est de repenser les conditions de vie :

  • Leur permettre une vie sociale réelle, en groupe stable.
  • Offrir de la liberté de mouvement, avec un accès à l’extérieur quotidien.
  • Garantir un accès quasi permanent au fourrage, pour respecter leur physiologie digestive et leur besoin d’occupation.

Ces trois principes — les “3 F” — sont la base du bien-être. Sans eux, même les meilleures intentions ne suffisent pas, et on observe souvent un “effet rebond” dès qu’ils sont rétablis après une privation prolongée. Ensuite, il faut former les humains : comprendre le comportement du cheval et ses émotions est la clé d’une relation plus juste et harmonieuse.

Le cheval nous reconnaît-il ? Comment se construit sa personnalité ? Peut-on lire ses émotions ? Sur quels sens se repose-t-il pour explorer son environnement ?

Léa Lansade répond à toutes ces questions en retraçant l’histoire de cette espèce qui nous accompagne depuis des millénaires. Nourrie par des décennies de recherches éthologiques, notre relation au cheval nous permet aujourd’hui de mesurer sa sensibilité.

Les multiples facettes du cheval et les étapes clés de sa vie sont élégamment mises en lumière par les illustrations de Marine Oussedik. Celles-ci soulignent l’importance d’observer le langage corporel et les expressions équines pour prendre soin de son compagnon tout en respectant son bien-être.

Postface de Jessica Serra, directrice de la collection « Mondes animaux »

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