On réduit souvent l’obésité au seul mode de vie des individus. Est-ce vrai ? Un article de National Geographic fait le point.
L’obésité est un fléau mondial. Bien que loin des 36% de personnes obèses au Mexique ou des 42% aux États-Unis d’Amérique, la France est elle aussi concernée, avec 17% des habitants touchés. Au-delà des complications physiques, les patients subissent aussi une forte stigmatisation, qui peut affecter durablement leur santé mentale. Cette idée fait reposer l’entière responsabilité de la maladie sur les habitudes de vie des patients. Mais est-ce scientifiquement juste d’affirmer cela ?
Tout commence par des souris obèses
Comme bien souvent en recherche biomédicale, les souris occupent une place prépondérante dans la découverte des mécanismes hormonaux et génétiques qui sous-tendent les maladies.
Dans les laboratoires Jackson, l’un des pionniers dans l’élevage des rongeurs de laboratoire, on observait des souris anormalement gourmandes : même en ayant mangé la même portion que les autres, elles continuaient à picorer – souvent avec excès – et à prendre du poids. Cela remonte déjà à 1949. Il a fallu un demi-siècle de plus pour réaliser que ce phénomène était dû à une mutation sur un gène produisant de la leptine, l’hormone de la satiété. Leur appétit excessif était lié une trop faible production de leptine.
Et continue par les humains
Néanmoins, cette atteinte monogénique des souris Jackson ne représente chez l’Humain qu’au plus 7% des cas d’obésité morbide dans le monde. Les chiffres sont à peu près les mêmes en ce qui concerne les enfants.
L’explication, comme souvent en science : tout est plus compliqué, et multifactoriel. Dans ce cas, ce sont de multiples petits changements dans le code de différents gènes qui sont associés à une plus forte prévalence de l’obésité. Chaque patient aura alors une combinaison de petites modifications différente de celle d’un autre patient.
Avec des outils modernes de bases de données génétiques recensant des milliers de cas humains, la communauté scientifique est parvenue à identifier un gène particulièrement associé à l’obésité (parmi beaucoup d’autres identifiés) : FTO. Ce dernier, selon certaines mutations, accroît le risque de devenir obèse de 70%. La raison : le variant produit plus de ghréline, l’hormone de l’appétit.
Une limite émerge cependant de ces études : les populations non blanches n’ont que peu été intégrées. Il s’agira donc de corriger cela dans les prochaines études afin de s’assurer de l’impact de ces mutations chez ces populations.
Le milieu plus important que la génétique
La finalité de ces études est simple : la prise de poids incontrôlée est la résultante du régime alimentaire et du mode de vie de la personne. Cependant, la génétique vient grandement accentuer les résultats négatifs des deux premiers paramètres.
Au-delà de la prévention et de la sensibilisation à la bonne alimentation dès le plus jeune âge, la recherche pour trouver de nouvelles molécules contre l’obésité reste une nécessité pour traiter certains cas. Pour cela, recherche animale et ses modèles constituent encore une étape essentielle.
Actualité rédigée par Alan Dubois
