🎙️ Pour Amandine Roux, il n’existe pas de modèle parfait, mais des modèles adaptés

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La science est souvent perçue comme froide et les chercheurs distants du grand public. Le Dr. Amandine Roux apporte une autre vision du métier, entre passion pour les neurosciences, partage de ses connaissances avec le grand public et progrès scientifiques. 

Ce qu'il faut retenir

Amandine Roux est neurobiologiste. Elle a usé les bancs de l’Université de Poitiers et de l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris, où elle a effectué son master recherche puis sa thèse sur la maladie de Parkinson. Comme la tradition l’oblige, elle commence son parcours professionnel par un post-doc aux États-Unis d’Amérique, et continue en tant qu’Associée de Recherche pendant six ans . Son sujet ? Toujours la neurobiologie : « J’étais toujours focalisée sur les maladies neurodégénératives »

Ce choix d’étudier le cerveau ne lui est pas apparu par hasard. « Quand j’avais huit ans, mon grand-père a eu un AVC », explique-t-elle. Elle poursuit : « J’ai dit à mes parents ce jour-là qu’un jour, je comprendrai ce qu’il se passe dans le cerveau ».

Une entreprise de biotechnologie à Poitiers

En juillet 2022, Amandine Roux décide de créer sa propre entreprise, Research PIECES, à Poitiers. Cette biotech et CRO (entreprise qui réalise, pour le compte d’un laboratoire ou d’un industriel, des activités de recherche ou de développement) se spécialise dans les atteintes du système nerveux central. « Cette entreprise a pour rôle d’être le chaînon manquant que j’identifiais en tant que chercheur académique pour trouver les futures molécules thérapeutiques et ainsi lutter contre les maladies neurologiques« , nous explique-t-elle clairement.

Avec son parcours franco-étasunien, le choix du pays d’installation se posait : France ou USA ? « Aux Etats Unis, public et privé travaillent ensemble, ce qui pas toujours le cas en France », mais son choix se portera sur l’Hexagone,  « j’avais une formation scientifique et je souhaitais acquérir des compétences en finance, marketing, etc. », proposés par les « incubateurs, pépinières » [NDLR : structure d’accompagnement qui aide une jeune entreprise ou une start-up à se lancer et à se développer]. Concernant le choix d’une implantation à Poitiers, Amandine Roux nous dit avec ironie que « le mètre carré à Poitiers n’est pas au même prix qu’à Paris », tout en gardant une proximité : « on est à moins de deux heures de la capitale ». Research PIECES bénéficie également d’un hébergement sur le campus de Paris-Saclay, chez Spartners, à partir de juin 2026.

Si on proposait aux chercheurs un modèle non-animal totalement performant, ils l'adopteraient.

Des échantillons de cerveau comme modèles

À Research PIECES, « on se situe entre l’in vitro et l’in vivo ». L’entreprise axe son activité à partir de modèles précliniques du système nerveux (rongeurs et coupes de cerveau). Ces modèles conservent les aspects physiologiques de l’in vivo, et  la dynamique de l’in vitro. Globalement, « l’important est de garder l’organisation 3D structurelle de l’organe, car la structure, la composition et l’organisation sont essentielles pour comprendre le système nerveux central » assure-t-elle.

En tant que prestataire, Research PIECES développe des modèles à façon, selon l’objectif des collaborateurs. Concrètement, le commanditaire peut fournir ses modèles animaux, qu’ils soient OGM ou non, ou demander à Research PIECES de créer le modèle le plus adapté pour répondre à leur question et à la pathologie étudiée. L’idée ensuite, c’est de faire plus, et de qualité, avec moins. En utilisant un animal, les scientifiques, vont pouvoir récupérer le cerveau puis l’échantillonner. Cela permet de tester de multiples hypothèses à partir d’un seul animal.

Grâce à ces échantillons, « il est possible d’étudier l’impact des pesticides, des fréquences, des ultrasons, des perturbateurs endocriniens, des neurotoxines » sur le cerveau, et la dose à laquelle ces paramètres impactent notre système nerveux central.

Enfin, il est possible de « rendre malade » ces coupes de tissu nerveux (et pas les animaux) en insérant des gènes pathologiques dans les cellules qui les composent.

Il n'y a pas de modèle parfait. On utilise le modèle qui va correspondre au mieux à la problématique.

Malgré la tendance organoïde, la chercheuse assure que ce modèle pour le système nerveux central, n’est pas encore assez pertinent pour ses recherches : « pour le moment, ils sont bons pour étudier des organes moins complexes, avec moins de types cellulaires différents, mais ne permettent pas d’étudier la complexité physiologique du système nerveux central ». Elle ajoute avec beaucoup de réalisme que les échantillons qu’elle utilise comportent des cellules matures et variées (neurones, microglie, astrocytes…), là où les organoïdes sont composés de cellules souches reprogrammées dans une architecture 3D créée artificiellement.

Enfin, Amandine Roux insiste sur un point souvent négligé : le cerveau est riche en lipides, en gras. Vu que de nombreuses protéines participant à des maladies neurodégénératives, se situent à la membrane des cellules, composée de lipides, utiliser un modèle en étant faiblement pourvus paraît alors incohérent.

Réduire : le mantra de Research PIECES

« Nous, on est clairement sur le Reduce (NDLR  : réduire) ». La chercheuse rappelle qu’un animal utilisé permet une multitude d’analyses.

Concernant le remplacement, et le raffinement, la question est déjà examinée en amont par leurs partenaires. Grâce aux modèles 3D réalisés par Research PIECES, il est possible de « rendre malade uniquement les échantillons de tissu nerveux », et non pas, les animaux, qui ainsi, n’ont pas à subir de lourdes chirurgies cérébrales et des mois d’hébergement pré et post-opératoires. En effet, à l’aide de ces modèles, il est possible d’insérer les gènes ou molécules pathologiques directement dans les cellules. Ainsi, les animaux rencontrent moins de contraintes.

 À noter que Research PIECES a gagné le prix du Challenge Innovation en Santé, lors des Rendez-vous Carnot 2025, pour sa stratégie de réduction du nombre d’animaux utilisés et « un hébergement sur le campus de Paris-Saclay dans les locaux de Spartners, Biolabs et Servier [NDLR : partenaire financeur du prix] », signe d’un travail rigoureux de réduction.

Amandine Roux nous confie aussi que « ça [lui] tient à coeur, à l’avenir, de pouvoir coordonner le prélèvement de tous les organes de l’animal utilisé », pour réduire encore plus le nombre d’animaux utilisés.

Sensibiliser les Français(es) : une nécessité

La recherche ne doit pas rester cantonnée aux papiers scientifiques et aux conférences entre scientifiques : c’est l’un des grands principes qui guide Amandine Roux et Research PIECES. « On a un contact avec le grand public, c’est important pour nous. Dans le cadre d’un partenariat avec une mutuelle, j’ai fait plusieurs conférences  à destination du grand public pour sensibiliser sur la recherche et mieux comprendre les maladies neurodégénératives » développe-t-elle avec fierté. « J’avais également été invitée pour les 40 ans de l’association France Parkinson à faire une conférence » ajoute-t-elle. Cet aspect de sensibilisation est, pour elle, « une mission à part entière de notre entreprise ». À ce titre, elle ne recrute « que des passionnés » et, jusqu’à maintenant, « uniquement grâce aux candidatures spontanées » qu’elle a pu recevoir.

Je me rendais compte de la nécessité de développer un modèle intermédiaire entre l'in vitro et l'in vivo avec ses avantages, sans les inconvénients et permettant de réduire le nombre d'animaux utilisés.

D’un autre côté, « les médias disent trop rapidement qu’on a trouvé un traitement contre une maladie donnée et à l’inverse, les belles découvertes mécanistiques passent sous silence pour le grand publicIl est important d’informer fidèlement sur les avancées sans donner de faux espoir » se confie-t-elle. L’absence de journalistes scientifiques dans les médias se fait ressentir et, selon elle, « il serait nécessaire que les scientifiques puissent participer aux comités de rédaction des médias » afin d’apporter de la nuance et d’insister sur les points importants, pour informer le grand public sur les « belles avancées scientifiques, qui existent ! ».

Entre exigence scientifique, réflexion sur les modèles et volonté de dialogue avec le public, Amandine Roux défend une recherche animale (encore à ce jour, toujours obligatoire au niveau réglementaire), plus expliquée, toujours plus mesurée et pertinente.

Interview réalisée et mise en texte par Alan Dubois

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