Et si une forte activité cérébrale n’était pas vraiment un signe de longue vie à venir ? Le média Pour la Science a traduit un article initialement publié sur Quanta en 2019 s’intéressant au lien entre forte activité neuronale à un âge avancé et espérance de vie amoindrie.
Intuitivement, il serait logique de se dire qu’une forte activité des neurones permettrait de vivre plus longtemps. Après tout, quand on est actif, on est en bonne santé. C’est là qu’intervient la science : la vie est bien plus complexe qu’une simple intuition.
Des chercheurs de l’école de médecine de Harvard se sont penchés sur la question et ont pour cela utilisé plusieurs modèles pour étudier une protéine : REST.
Le ver, le rongeur et Homo sapiens
Afin d’étudier ce facteur de transcription REST (une protéine qui joue sur l’activité des gènes), les scientifiques ont fait appel à trois modèles :
- Cænorhabditis elegans, un ver avec peu de neurones (302, contre 100 milliards pour notre espèce), permettant facilement de voir l’impact d’une expérience sur l’activité neuronales et d’accéder rapidement à un âge avancé.
- Souris.
- Échantillons de cerveaux humains.
À partir des échantillons de cerveaux humains, les chercheurs étasuniens ont observé que les personnes ayant vécu le plus longtemps avaient des neurones moins excités et plus de présence de la protéine REST. À partir de cette simple observation, une corrélation, impossible d’émettre une conclusion, d’où l’utilité des deux autres modèles.
Chez C. elegans, l’augmentation de l’âge est suivie de l’amplification de l’excitation des neurones. Lorsque les chercheurs bloquent certains neurones, la durée de vie des vers augmentent significativement. Inversement, en faisant muter l’équivalent de REST chez l’animal, l’excitation neuronale est forte et la durée de vie écourtée.
Enfin interviennent les souris. Le même phénomène est observé lorsque REST est inhibé : l’animal voit son espérance de vie baisser. C’est alors la preuve que ce mécanisme est préservé dans l’évolution, au moins de C. elegans à Homo sapiens
De potentielles explications mais pas de réponse
Que conclure de ces expériences ? Les scientifiques d’Harvard posent une hypopthèse : une forte excitation neuronale est coûteuse en énergie. Elle impacterait aussi le stress cellulaire, les flux ioniques, la libération de neurotransmetteurs et possiblement la vulnérabilité aux dommages liés à l’âge.
Dans ce système, la protéine REST jouerait un rôle de protecteur.
Dans tous cas, il est trop tôt pour conclure. Les données acquises sur les biopsies humaines relèvent d’études observationnelles. Il est ainsi, pour l’heure, impossible de conclure que diminuer l’activité neuronale chez l’humain permettrait de prolonger la durée de vie. D’un autre coté, C. elegans est un organisme très simple, avec un système nerveux bien moins complexe que celui de l’Homme. Enfin, les études actuelles sur la souris montrent que le mécanisme est conservé chez les mammifères, pas que l’inhibition augmentait leur espérance de vie.
Actualité rédigée par Alan Dubois
