Invitée dans l’émission suisse CQFD de la RTS, l’éthologue Mathilde Valenchon vulgarise les résultats de son étude publiée dans Nature Communications au sujet de l’importance du lien jument-poulain et des compétences sociales du cheval juvénile.
Une équipe française rattachée à l’INRAE a suivi 24 poulains domestiques entre 6 et 13 mois en comparant deux situations proches de la réalité de terrain :
- un groupe sevré/séparé à 6 mois (pratique fréquente en élevage),
- un groupe resté avec la jument jusqu’à la fin du suivi.
Les scientifiques ont combiné observations comportementales (interactions sociales, exploration, intégration au groupe) et mesures physiologiques (croissance, marqueurs de stress), avec de la neuro-imagerie non invasive (IRM, dont IRM fonctionnelle) pour relier pratiques d’élevage et trajectoires de développement.
Résultat : les poulains ayant bénéficié d’une présence maternelle prolongée se montrent en moyenne plus sociables (davantage d’interactions positives), plus explorateurs face à la nouveauté, et présentent une prise de poids plus favorable malgré moins de temps passé à s’alimenter. Sur le plan biologique, l’étude rapporte aussi des différences cohérentes avec un stress moindre (cortisol plus bas) et des variations de lipides circulants.
Côté cerveau, l’imagerie met en évidence une maturation accrue dans plusieurs régions impliquées dans les comportements socio-émotionnels et la régulation physiologique, ainsi qu’un signal compatible avec un développement plus abouti de réseaux cérébraux associés aux fonctions sociales.
Au-delà de l’intérêt scientifique (rare démonstration “du vécu social au cerveau” chez un grand mammifère), ces données renforcent un message de recherche animale au service du bien-être : quand c’est possible, retarder la séparation jument–poulain pourrait améliorer durablement l’adaptation sociale et la robustesse du jeune cheval, tout en appuyant des pratiques d’élevage plus respectueuses.
