La Commission européenne publie sa feuille de route pour l’élimination progressive de l’expérimentation animale dans l’évaluation de la sécurité chimique.
La Commission européenne a publié, le 1er juin 2026, une feuille de route visant à organiser l’élimination progressive de l’expérimentation animale utilisée pour l’évaluation de la sécurité des produits chimiques dans l’Union européenne. Cette démarche fait suite à l’initiative citoyenne européenne « Pour des cosmétiques sans cruauté – S’engager en faveur d’une Europe sans expérimentation animale » et s’inscrit dans l’objectif fixé par la directive 2010/63/UE : remplacer l’utilisation d’animaux dès que cela est possible sur le plan scientifique.
La Commission souligne que le remplacement de l’expérimentation animale reste difficile et que les progrès sont, selon elle, globalement trop lents. Cette lenteur tient à la fois aux défis scientifiques liés au développement de méthodes non animales suffisamment robustes, en particulier pour les effets complexes, et aux délais nécessaires pour leur validation, leur acceptation réglementaire et leur intégration dans les cadres existants. Elle rappelle qu’entre 2015 et 2023, plus de 15 millions d’animaux ont été utilisés dans l’UE pour des essais réglementaires, dont près de 40 % pour des évaluations de sécurité chimique.
La feuille de route ne prévoit pas une suppression immédiate de ces essais, mais une transition structurée vers des approches non animales, tout en maintenant un niveau élevé de protection de la santé humaine, animale et de l’environnement. La Commission insiste sur un principe central : les nouvelles approches devront offrir un niveau de protection équivalent à celui des méthodes actuellement utilisées.
Trois piliers pour organiser la transition
La feuille de route repose sur trois piliers principaux.
1. Mettre en œuvre des changements concrets
La Commission identifie plus de 30 recommandations visant à remplacer, réduire ou raffiner l’utilisation d’animaux, à court, moyen et long terme. Certaines actions pourront être engagées rapidement, notamment lorsque des approches non animales sont déjà disponibles, tandis que d’autres nécessiteront encore des étapes de validation, de qualification ou d’adaptation réglementaire.
2. Soutenir la recherche et l’innovation
La feuille de route prévoit de renforcer les investissements dans les approches d’expérimentation non animale, notamment via Horizon Europe, l’intelligence artificielle, les données humaines, les jumeaux humains virtuels, la modélisation informatique et les technologies in vitro. La Commission rappelle que l’Union européenne a déjà consacré près de 1,5 milliard d’euros à la recherche dans ce domaine au cours des vingt dernières années. Elle annonce également un soutien de 49 millions d’euros dans le cadre du programme de travail Horizon Europe 2026-2027 pour des approches d’expérimentation non animale.
Au-delà des financements publics, la Commission met aussi en avant l’enjeu industriel et économique de ces approches, en citant plusieurs projections de marché. Elle indique que le marché mondial des essais toxicologiques in vitro pourrait atteindre jusqu’à 30 milliards d’euros d’ici 2032, avec des taux de croissance annuels de 12 %. Elle estime également que le marché des technologies cellulaires pourrait atteindre 26,5 milliards d’euros d’ici 2028, l’Union européenne pouvant représenter environ 30 % de ce marché mondial.
3. Travailler collectivement, en Europe et à l’international
La mise en œuvre reposera sur une gouvernance associant la Commission, les agences européennes — notamment l’ECHA, l’EFSA et l’EMA — les États membres, les industriels, le monde académique et les ONG. Un groupe de pilotage, des structures collaboratives au sein des agences et un groupe de travail interagences doivent permettre de coordonner les travaux.
Des échéances et des indicateurs de suivi
La Commission prévoit notamment la publication, d’ici fin 2027, d’un premier rapport recensant les domaines dans lesquels des méthodes de substitution sont nécessaires sur le plan réglementaire. Les actions à court terme devraient pouvoir être intégrées, si nécessaire, dans la législation européenne d’ici fin 2029. Un tableau de bord public permettra de suivre la mise en œuvre de la feuille de route.
La Commission organisera également, d’ici 2029, une conférence de haut niveau afin de faire le point sur les progrès accomplis et sur l’adoption des approches non animales dans les différentes législations européennes concernées.
Un signal important, mais une transition qui reste à construire
Pour le Gircor, cette feuille de route constitue un signal important. Elle confirme l’ambition européenne de développer et d’intégrer davantage de méthodes non animales dans les évaluations réglementaires, tout en reconnaissant la complexité scientifique, technique et réglementaire de cette transition.
Elle rappelle également que le remplacement ne peut être effectif que lorsque les méthodes disponibles permettent de garantir la sécurité des personnes, des animaux et de l’environnement. Cette exigence de rigueur scientifique devra rester au cœur des travaux à venir.
Le Gircor suivra attentivement la mise en œuvre de cette feuille de route, en particulier sa transcription dans le droit français et ses conséquences concrètes pour les acteurs de la recherche et de l’évaluation réglementaire. Il continuera à contribuer au dialogue sur les 3R, les méthodes alternatives, la transparence et les conditions d’une transition scientifiquement robuste.
