đŸ—Łïž Fatigue compassionnelle – Des employĂ©s de la recherche animale tĂ©moignent

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La fatigue compassionnelle en recherche animale illustrée par l'IA
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En septembre 2023, nous avions interrogé Kevin Dhondt, Vétérinaire, Charles River France, sur la fatigue compassionnelle qui peut toucher le personnel travaillant dans les animaleries de recherche. PhénomÚne encore méconnu, il est pourtant essentiel de le prendre en considération tant pour le personnel que pour les animaux. Nous avions alors lancé un appel à témoins auquel vous avez été nombreux à répondre.

Avertissement

Les témoignages présentés ci-dessous émanent de personnes, souvent en difficulté, qui ont accepté de partager leurs expériences dans le cadre de notre appel à témoins sur la fatigue compassionnelle dans la recherche animale.

Cet appel ayant pour objectif de comprendre les dĂ©fis et les difficultĂ©s rencontrĂ©s par certains acteurs de ce secteur spĂ©cifique, les rĂ©ponses prĂ©sentĂ©es ici ne sont pas reprĂ©sentatives de ce que vit la majoritĂ© des personnels travaillant au contact d’animaux dans la recherche. Les expĂ©riences individuelles peuvent varier considĂ©rablement, et des opinions positives et enrichissantes peuvent Ă©galement exister (et nous ont Ă©tĂ© partagĂ©es lors du recueil des tĂ©moignages). Nous avons choisi de ne pas les Ă©voquer dans les tĂ©moignages prĂ©sentĂ©s.

Nous encourageons nos lecteurs Ă  considĂ©rer ces tĂ©moignages comme une perspective parmi d’autres, reconnaissant la diversitĂ© des expĂ©riences au sein de la communautĂ© travaillant avec les animaux dans le cadre de la recherche et donc de ne pas en faire des gĂ©nĂ©ralitĂ©s.

La fatigue compassionnelle dĂ©signe le sentiment d’épuisement physique et Ă©motionnel que les professionnels du milieu mĂ©dical, paramĂ©dical et de la recherche sont susceptibles de dĂ©velopper au contact de la souffrance, au point que leur vision du monde et leurs croyances fondamentales en sont profondĂ©ment et durablement Ă©branlĂ©es.

Les causes de la fatigue compassionnelle

Quand on Ă©voque la fatigue compassionnelle, Maud, co-responsable d’une animalerie primate, nous confie : “C’est Ă©puisant de travailler avec les animaux et de veiller Ă  leur bien-ĂȘtre. Je suis fatiguĂ©e quand je rentre chez moi.” ClĂ©o, doctorante, souligne que prendre quotidiennement soin de [ses] animaux demande une vigilance accrue et [la] fatigue rapidement.”

Travailler avec des animaux requiĂšrent une empathie associĂ©e aux soins quotidiens. De nombreux tĂ©moignages ont mis en lumiĂšre les dĂ©fis organisationnels ayant un impact sur les Ă©motions, parfois difficiles auxquels sont confrontĂ©es les animaleries de recherche. Morgane R, responsable de zootechnie pour le secteur public, mentionne “un manque de moyens humains et financiers” à l’origine des difficultĂ©s. Audrey, ingĂ©nieure d’études, dĂ©plore la gestion difficile de “l’ensemble des activitĂ©s liĂ©es aux animaux” avec une Ă©quipe rĂ©duite et peu de perspectives de recrutement. Hajer, responsable d’animalerie dans un Ă©tablissement universitaire, fait face à “un turnover important, avec des difficultĂ©s pour trouver du personnel formĂ©â€, soulignant le manque de perspectives d’évolution professionnelle et les conditions de rĂ©munĂ©ration. Les animaleries, en tant que “lieux confinĂ©s propices au dĂ©veloppement de tensions”, ajoutent une couche de complexitĂ©.

Morgane A., ingĂ©nieure d’études, souligne que “depuis le passage inopinĂ© des vĂ©tĂ©rinaires inspecteurs, certains de mes collĂšgues se sentent complĂštement dĂ©passĂ©s par les nouvelles procĂ©dures sanitaires. Avant leur passage, nos animaliers pouvaient intervenir d’eux-mĂȘmes pour administrer des traitements aux animaux. Aujourd’hui, ce n’est quasi plus possible, et ils ont l’obligation de systĂ©matiquement passer par le vĂ©tĂ©rinaire en cas d’animal malade. Les collĂšgues en question se sentent impuissants, frustrĂ©s, tristes, et souffrent de voir leurs animaux souffrir sans pouvoir intervenir rapidement. Cette nouvelle situation est trĂšs difficile Ă  vivre”.

Charles, enseignant-chercheur, souligne que la fatigue compassionnelle “est Ă©galement plus frĂ©quente vis-Ă -vis des espĂšces proches de l’espĂšce humaine (mammifĂšres et oiseaux) que d’autres plus Ă©loignĂ©es (poissons ou insectes).” Xavier, gestionnaire logistique d’animalerie, explique que “travaillant avec des chiens et des chats, il est important d’avoir un certain degrĂ© d’attachement afin de mieux s’occuper d’eux mais pas trop pour que celui-ci ne soit pas destructeur lors du dĂ©cĂšs des animaux” . Pour certaines espĂšces, le travail peut effectivement ĂȘtre parfois plus compliquĂ© Ă  gĂ©rer : les primates pour OphĂ©lie ou ClĂ©o, les rats pour Jean-Louis, ingĂ©nieur d’Ă©tude, qui souligne que ce sont “des animaux attachants et sensibles et je m’en suis rendu compte au fur et Ă  mesure de mon travail avec eux.”

La fatigue compassionnelle “grandit avec le temps” selon Myriam, ingĂ©nieure d’étude dans le secteur public. Samantha, ingĂ©nieure de recherche, confirme que “cela ne devient pas plus facile avec le temps…” . ClĂ©mence, expĂ©rimentatrice, mentionne : “Je trouve de plus en plus difficile de travailler avec les animaux de laboratoire. Quand bien mĂȘme nous essayons de raffiner les expĂ©riences au maximum ainsi que leur milieu de vie, les animaux subissent un stress qui ne me laisse pas indiffĂ©rente et me stresse en retour.”

Selon S., zootechnicien, “il y a dissonance cognitive entre certains actes rĂ©alisĂ©s et le fait d’aimer les animaux” ; ce que confirment MĂ©line, zootechnicienne : “Il est trĂšs difficile de sĂ©parer le travail et le cĂŽtĂ© amour des animaux” et Amanda, zootechnicienne : “Lorsque j’euthanasie des souris […], cela va Ă  l’encontre du bien-ĂȘtre que je leur procure, surtout lorsque les souris sont actives et sans Ă©tat gĂ©nĂ©ral dĂ©gradĂ©.”  Pour Myriam, “c’est la phase d’euthanasie qui est la plus douloureuse avec une fin de journĂ©e oĂč on a l’impression de ne pas avoir fait quelque chose de bien ; ce n’est pas le cas mais le sentiment est lĂ .” C’est d’autant plus difficile “que parfois les recherches n’aboutissent pas ou sont infructueuses” et “que certains projets sont mal montĂ©s ou mis en Ɠuvre (faute de temps, d’argent, de moyens, de ressources humaines, de rĂ©flexion…)” (S.).

Charles a quant Ă  lui fait l’expĂ©rience de la fatigue compassionnelle lors d’études sur des espĂšces sauvages, et mĂȘme lors d’observations comportementales, elle pouvait ĂȘtre favorisĂ©e par des pressions, indĂ©pendantes de l’étude, qui “s’exercent sur la population Ă©tudiĂ©e (pollution, prĂ©dation, autres sources de dĂ©rangement humain, espĂšce en danger).”

Pour certaines personnes, la pĂ©riode Covid a Ă©tĂ© compliquĂ©e. Une vĂ©tĂ©rinaire universitaire explique qu’en raison “de l’arrĂȘt d’un certain nombre de projets, des animaux ont dĂ» ĂȘtre euthanasiĂ©s.” Manon, chef de projet prĂ©clinique dans une CRO, mĂȘme si elle gĂšre bien la compassion pour les animaux au quotidien, reconnaĂźt : Cela m’est arrivĂ© lors du premier confinement lorsqu’il a fallu arrĂȘter toutes nos Ă©tudes en cours en mettant Ă  mort les animaux de l’animalerie“.

La fatigue compassionnelle apparaĂźt d'autant plus chez les personnes qui ont peu de contrĂŽle sur les protocoles et peu d'informations sur les objectifs globaux de l'Ă©tude.

Lindi, prestataire de services, a Ă©voquĂ© une Ă©tude menĂ©e “sur des mammifĂšres visant Ă  tester l’effet d’un nouveau produit [et qui] s’est malheureusement terminĂ©e par la mise Ă  mort non prĂ©vue de tous les animaux suite Ă  l’atteinte des points limites.” BĂ©atrice, agent de maĂźtrise, parle de “pĂ©riodes de surmenage qui ont entraĂźnĂ© des dĂ©rives […] malgrĂ© l’existence de procĂ©dures qui cadrent ces actes” mĂȘme aprĂšs “plusieurs annĂ©es d’alerte [et] de diplomatie bien en amont.”  Manon, zootechnicienne, tĂ©moigne de “mauvais traitements envers les animaux”. Lorsqu’elle a proposĂ© d’enrichir l’hĂ©bergement de ses souris avec le soutien de son directeur de thĂšse, Romane, doctorante, s’est heurtĂ©e Ă  une certaine partie du personnel : “Les animaliĂšres et animaliers s’occupant des souris au quotidien n’ont pas Ă©tĂ© Ă  l’aise avec cela car ça les empĂȘchait de voir les souris en passant. On m’a sommĂ© d’enlever les enrichissements ou de venir moi-mĂȘme m’occuper des souris tous les jours.” Elle note la dissonance avec sa formation expĂ©rimentateur animal oĂč “la question de l’enrichissement est trĂšs dĂ©taillĂ©e et scientifiquement Ă©tayĂ©e”.

Un certain nombre de tĂ©moignages ont Ă©galement pointĂ© un manque de compassion de certains responsables et scientifiques : “un manque de soutien hiĂ©rarchique avec une minimisation des problĂšmes” (BĂ©atrice) ou “trĂšs peu de soutien de la part de nos supĂ©rieurs [malgrĂ©] les problĂšmes techniques, le stress et la pression” (Christelle, responsable d’animalerie dans un Ă©tablissement public). Quand Nelly a demandĂ© Ă  son responsable hiĂ©rarchique “Pourquoi [elle] travaillait, il [lui] a rĂ©pondu « pour gagner ma vie »”.

Enfin, le regard des autres est parfois pesant comme le souligne Myriam : la sociĂ©tĂ© “devient de plus en plus critique sur l’utilisation de l’animal, c’est une pression supplĂ©mentaire.”

À lire

Selon un article scientifique de Sarah Thurston et ses collĂšgues, publiĂ© en 2021, sur un panel de 170 personnes ayant rĂ©pondu Ă  leur enquĂȘte, 86% d’entre eux ont vĂ©cu au moins une fois dans leur carriĂšre en expĂ©rimentation de la fatigue compassionnelle. L’article, bien qu’il soit Nord-AmĂ©ricain, montre aussi que les personnels qui en savent le moins sur le but des recherches sont les plus susceptibles de subir cette fatigue compassionnelle, qui touche mĂȘme le personnel administratif. Toujours selon cette Ă©tude, 41% des rĂ©pondants ont vĂ©cu une pĂ©riode de fatigue compassionnelle rien que durant la pĂ©riode de crise Covid, concordant donc certains des tĂ©moignages recensĂ©s par le Gircor.

Les symptĂŽmes de la fatigue compassionnelle

Malheureusement, la fatigue compassionnelle dĂ©passe souvent le cadre du travail et la vie personnelle peut en ĂȘtre affectĂ©e. Morgane R. tĂ©moigne dâ€™â€Ă©motions de plus en plus difficiles Ă  gĂ©rer dans le cadre professionnel mais Ă©galement personnel. IrritabilitĂ©, fatigue et stress qui reviennent de suite aprĂšs la prise de quelques jours congĂ©s”. Yvan, technicien animalier, explique qu’il n’a pas pu trouver le soutien auprĂšs de ses proches : “Je n’en ai parlĂ© Ă  personne sauf Ă  ma compagne, qui n’y comprenait rien et me jugeait plutĂŽt avec mĂ©pris.” Et mĂȘme s’il ne fait pas de lien de causalitĂ© directe entre ses problĂšmes professionnels et personnels, il se demande dans quelle mesure “les deux problĂšmes se sont entretenus mutuellement” mĂȘme s’il pense que la fatigue compassionnelle “serait tout de mĂȘme survenue mais aurait Ă©tĂ© moins prĂ©gnante sans [ses] soucis familiaux”. 

La vie personnelle de Lindi a Ă©galement Ă©tĂ© affectĂ©e car, dit-elle :” je n’ai pas osĂ© en parler Ă  mon conjoint par honte d’un jugement nĂ©gatif sur ce qui peut arriver aux animaux de recherche.” Elle ajoute que des soutiens sont “nĂ©cessaires pour aider les travailleurs souffrant de fatigue compassionnelle [et que cela] serait un moyen de partager son expĂ©rience et ses Ă©motions sans se sentir coupable ou jugĂ©.”  “Le niveau d’anxiĂ©tĂ© que [Charles a] pu observer allait jusqu’Ă  des difficultĂ©s de sommeil et des difficultĂ©s relationnelles au sein des Ă©quipes de travail.” BĂ©atrice confie avoir des “pertes de sommeil, une difficultĂ© Ă  se regarder dans une glace”.

Fatima, technicienne, parle mĂȘme de “descente aux enfers” : “Chaque acte effectuĂ© sur un rongeur me faisait vomir au sens propre. Je n’arrivais plus Ă  dormir, je passais mes nuits Ă  penser au travail du lendemain.”

J, ingĂ©nieur en imagerie sur gros et petits animaux, reconnait qu’”il est parfois trĂšs dur de compenser ce que l’on ressent. Depuis que je fais de l’expĂ©rimentation animale je suis devenue vĂ©gĂ©tarienne.”. Pour elle, “l’aspect psychologique est complĂštement oubliĂ© de l’expĂ©rimentation animale pour les manipulateurs. “

Marie responsable d’animalerie rongeurs : “Il devient parfois difficile, selon les pĂ©riodes de notre vie, selon nos rencontres, l’Ă©volution de notre vie personnelle et familiale, d’assumer les douleurs que nous provoquons aux animaux et d’arriver Ă  gĂ©rer la culpabilitĂ© des euthanasies, nombreuses et rĂ©guliĂšres.”

Se sortir de la fatigue compassionnelle

S’Ă©loigner des animaux est souvent une solution dĂ©finitive pour ne plus souffrir. Pour Yvan, “le changement de poste est Ă  mon avis la meilleure solution pour rĂ©gler ce genre de problĂšmes.” Suzanne, technicienne dans le public, Ă©voque “deux collĂšgues (sur quatre) qui ont ou vont quitter l’entreprise Ă  cause de cette fatigue. La science n’avance pas assez vite Ă  leur goĂ»t en comparaison des vies animales sacrifiĂ©es”. Fatima explique qu’elle a dĂ©cidĂ© de rĂ©pondre Ă  une offre de poste en mobilitĂ© : “Je ne travaille plus avec les animaux certes. Ils me manquent mais je me sens beaucoup mieux.” Pour Gwenn, directrice de recherche, s’Ă©loigner des animaux a Ă©galement Ă©tĂ© la solution : “J’ai arrĂȘtĂ© mon travail expĂ©rimental, impossible de continuer Ă  faire ce grand Ă©cart entre mon vĂ©cu d’expĂ©rimentatrice et mes connaissances sur les capacitĂ©s des animaux.” Jean-Louis est du mĂȘme avis : “je ressens le dĂ©sir de m’arrĂȘter sur l’expĂ©rimentation animale et de ne plus jamais en refaire. Il me reste un an de contrat”.

Camille, maĂźtre de confĂ©rence, explique : “A ce moment de ma carriĂšre, j’ai hĂ©sitĂ© Ă  changer de voie pour m’occuper des animaux […] au lieu de les utiliser Ă  des fins de recherche. […] J’ai finalement rĂ©ussi Ă  surmonter la fatigue compassionnelle en optimisant mon travail (suivi trĂšs rigoureux du bien-ĂȘtre animal, optimisation des procĂ©dures…).”

Redonner un sens Ă  son mĂ©tier est effectivement une piste. Amanda partage son engagement envers le bien-ĂȘtre des animaux de laboratoire en dĂ©clarant : “Je me sens plus satisfaite lorsque je m’en occupe bien. Je leur donne le meilleur confort que je puisse leur donner ainsi que les soins appropriĂ©s quand cela est possible.”

Morgane A. a contribuĂ© Ă  l’ajustement des protocoles pour attĂ©nuer la douleur et le caractĂšre traumatisant de certaines interventions, tout comme Charles, qui mentionne : “J’ai Ă©galement Ă©tĂ© amenĂ© Ă  adapter les procĂ©dures auxquelles prenaient part certaines personnes [suite Ă ] leur ressenti nĂ©gatif”.

Sophie partage son expĂ©rience en expliquant que “l’euthanasie est moins pesante Ă©motionnellement lorsqu’il y a une bonne prise en charge de la douleur de l’animal en amont et un raffinement maximum”. 

Prévenir la fatigue compassionnelle

Trouver un sens Ă  ce que l’on fait semble indispensable. Jean-Louis tĂ©moigne : “Je ne remets pas en cause l’utilisation des animaux dans la recherche scientifique car je pense qu’elle est encore primordiale et nĂ©cessaire dans certains cas, pour transposer avec l’humain, trouver de nouveaux traitements potentiels”. AgnĂšs, travaillant Ă  l’universitĂ©, explique : “Je fais en sorte de ne jamais oublier pourquoi je le fais (attente de rĂ©sultats pour accroĂźtre nos connaissances dans le domaine biomĂ©dical)”, une perspective partagĂ©e par Sandrine, technicienne animaliĂšre, qui souligne : “Je me dis que c’est justement pour aider Ă  sauver des vies [humaines], sans oublier [celles des animaux] dont on doit prendre soin jusqu’Ă  leur fin.”

Amandine, responsable d’animalerie, affirme que “le pourquoi et l’importance du sens de ce que l’on fait, aide mĂȘme si certaines fois c’est insuffisant”. Lindi souligne que, mĂȘme en cas d’Ă©tudes qui ne se dĂ©roulent pas comme prĂ©vu, il est essentiel que “l’ensemble des personnes impliquĂ©es dans le projet reconnaisse que l’Ă©tude s’est mal passĂ©e, que les animaux ont souffert inutilement (mĂȘme si cela a permis d’Ă©vincer ce candidat mĂ©dicament mais c’est un rĂ©sultat non publiĂ©) et que l’on souhaiterait s’excuser pour cela. Mais comment faire pour demander pardon aux animaux disparus ?”

Camille, vĂ©tĂ©rinaire Ă  l’universitĂ©, explique : “Étant vĂ©tĂ©rinaire pour de nombreuses animaleries, j’ai Ă©tĂ© en lien rĂ©guliĂšrement avec les Ă©quipes et j’ai essayĂ© de soutenir mes collĂšgues en prenant des nouvelles de chacun d’eux. Les Ă©changes avec nous mais Ă©galement entre eux les ont beaucoup aidĂ©s. J’ai Ă©galement invitĂ© tous les personnels Ă  se rapprocher de la psychologue du travail. Je dĂ©plore que notre psychologue du travail ne soit pas du tout informĂ©e et formĂ©e Ă  ce risque particulier. Je suis sa source de formation / information Ă  ce sujet. Peut-ĂȘtre qu’un interlocuteur unique dĂ©diĂ© Ă  cette problĂ©matique, au sein du Gircor ou de l’AFSTAL pourrait apporter un appui et une Ă©coute personnalisĂ©e pour notre activitĂ©. Je suis persuadĂ©e que la charte de transparence […] est un outil important pour libĂ©rer la parole. La culture du soin est Ă©galement indispensable mais tarde encore Ă  se mettre rĂ©ellement en place dans certains Ă©tablissements.”

Être bien entourĂ© par ses collĂšgues et ses proches est important comme le souligne Amandine “Ma famille m’a entourĂ©e et aidĂ©e Ă  surmonter [la fatigue compassionnelle]”, ce que corrobore Charles : “j’ai pu surmonter ces difficultĂ©s partageant mes questionnements et mon ressenti avec des personnes dans le mĂȘme champ professionnel mais Ă©galement avec mon entourage personnel.”

Charles conclut : “mieux communiquer Ă  ce sujet et reconnaĂźtre comme naturels ces ressentis (certaines personnes n’osent pas en parler par crainte d’ĂȘtre stigmatisĂ©es) ; Impliquer l’ensemble des personnels qui rĂ©aliseront les procĂ©dures dans la formalisation des protocoles et trĂšs bien les informer sur les objectifs de l’Ă©tude ; Laisser la possibilitĂ© aux personnels de ne pas participer Ă  une Ă©tude ; Donner des possibilitĂ©s d’expression concrĂšte de ces ressentis en faisant participer l’ensemble des personnels Ă  la rĂ©flexion sur l’enrichissement et le raffinement des procĂ©dures, en mettant en place une rĂ©habilitation des animaux de laboratoire.”

Conclusion

Ces témoignages montrent la réalité complexe de la fatigue compassionnelle. Cette détresse, liée à la responsabilité envers les animaux de laboratoire, impacte profondément la vie personnelle et professionnelle des employés travaillant dans des établissements utilisant des animaux. Malgré ces difficultés, les récits dévoilent des stratégies individuelles et collectives pour surmonter la fatigue compassionnelle. Des ajustements dans les protocoles, un soutien accru au sein des équipes, de la reconnaissance et de la gratitude institutionnelle émergent comme des solutions potentielles.

La prĂ©vention de la fatigue compassionnelle devient cruciale, avec des recommandations allant de la recherche de sens individuelle Ă  la sensibilisation institutionnelle. La crĂ©ation d’un rĂ©seau de soutien professionnel est identifiĂ©e comme essentielle pour prĂ©server la santĂ© mentale des travailleurs.

Ces tĂ©moignages soulignent l’urgence d’une sensibilisation, d’un soutien accru et de changements structurels au sein des animaleries de recherche. Une rĂ©flexion collective et des actions concertĂ©es sont indispensables pour attĂ©nuer la fatigue compassionnelle et prĂ©server le bien-ĂȘtre tant des travailleurs que des animaux.

À retenir

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